Citroën en Amérique
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Cette page n'a pas l'ambition de relater l'histoire de Citroën aux Etats Unis. Elle ne fait qu'évoquer, au travers de documents publicitaires, l'aventure qu'a constitué l'importation de voitures de la marque du quai de Javel dans le nouveau monde 1. Citroën Traction
Au cours des années 50, Citroën avait instauré un système particulier de vente pour ses clients américains. Une brochure décrivait par le détail le mode opératoire : achat à partir du sol américain, livraison en Europe lors d'un voyage pour tourisme ou affaires, re-vente à Citroën en Europe à l'issue du voyage ou exportation à titre individuel vers les USA. Moins de 1000 Traction atteignirent le sol américain, dont une cinquantaine de 15 CV. Quelques voitures furent également importées par la Challenger Motor Car Company de Los Angeles, sans aucun lien officiel avec Citroën. 2. Citroën 2 CV
La 2 CV était totalement en décalage avec le rêve américain qui privilégiait à la fin des années 50 les grosses voitures, aux lignes délirantes et aux moteurs surdimensionnés. Le problème de la consommation de carburant n'était pas encore à l'ordre du jour. La petite Citroën fut inscrite au tarif officiel Citroën de 1955 à 1959. Moins de 1000 voitures trouvèrent un acquéreur durant cette période. La 2 CV 1955 était affichée aux environs de 1200 dollars, à comparer aux 1600 dollars des modèles d'entrée de gamme de Chevrolet et Ford. Durant les années 60, Citroën édita un catalogue décrivant les modalités d'importation à titre individuel des Citroën aux Etats Unis. Le document était intitulé " Citroën, For Direct Factory Overseas Delivery ". Il y était précisé que la 2 CV n'était pas fabriquée en version US, et qu'elle ne pouvait donc être importée que selon les spécifications européennes. Le catalogue vantait l'aspect économique de la voiture, son confort, sa sécurité, et ... son aptitude toute particulière à la conduite en haute altitude grâce à son système de refroidissement par air. Durant les années 80, quelques fanatiques diffusèrent des 2 CV aux States, en contournant les normes sévères d'homologation. Ainsi des 2 CV Charleston furent importées par Michel Fournet, puis démontées et entièrement remontées sur des châssis d'avant 1968 qui bénéficiaient d'une homologation. Une autre société, Target, importa la 2 CV pour la vendre sous forme de voiture en kit. Cela permettait de détourner certaines règles d'homologation. 3. Citroën Ami 6
L'Ami 6 fut diffusée sur le marché américain entre 1963 et 1968. Dans la gamme US, elle succédait à la 2 CV. La version break complétait l'offre à partir de 1966. Les ventes de l'Ami 6 furent très confidentielles, à peine quelques dizaines d'unités. L'Ami 6 américaine se différenciait notamment par des optiques avant jumelés, des feux clignotants différents, des pare-chocs avant et arrière équipés de tubes de protection, et un compteur de vitesse en miles. La brochure publicitaire " Citroën, For Direct Factory Overseas Delivery " vantait les mérites de l'Ami 6 : " Elle est une digne représentante du style chic parisien, et se sent aussi à l'aise dans un Country Club que devant l'entrée d'un hôtel de luxe. Cela ne l'empêche pas d'être économique à l'usage ". 4. Citroën Méhari
Ce véhicule présenté en France en mai 68 n'a pas rencontré le succès escompté de l'autre côté de l'Atlantique. Il semblait pourtant particulièrement adapté aux usagers des plages de Hawaï ou de Californie, ou à ceux qui souhaitaient disposer d'un véhicule de loisirs pour un budget réduit. Mais si sa carrosserie plastique ne craignait pas la corrosion, elle n'avait pas été conçue pour supporter les hautes températures constantes que l'on pouvait rencontrer sur les côtes américaines. Les panneaux se fissuraient, et les teintes du plastique perdaient leur aspect des débuts. La Mehari (sans accent) fut disponible au catalogue Citroën USA en 1969 et 1970. 5. Citroën DS
La Citroën Cars Corporation était fondée en 1952. Elle possédait 2 adresses, l'une à New York, l'autre à Beverly Hills. Les premières DS furent importées officiellement à la fin des années 50. Elles paraissaient bien marginales face aux paquebots US de la même époque. L'Amérique était alors au top de ses délires stylistiques des fifties. Tout au plus l'originale DS pouvait elle intéresser les français expatriés, ou les GI basés en Europe et de retour au pays, et qui avaient découvert les Citroën en France. Esthétiquement, les DS américaines se différenciaient par leurs feux clignotants spécifiques. Les ventes furent d'abord
concentrées sur le secteur de New York et de Los Angeles. L'ID, modèle plus
économique, vint compléter la gamme en 1957. Cette année là, Les tarifs étaient
de 2600 $ pour l'ID et 3500 $ pour la DS. Cela plaçait l'ID au niveau d'une
américaine de gamme moyenne (Ford, Chevrolet ...), mais la DS rejoignait le plus
haut de gamme (Buick, Chrysler, Mercury ...), sans atteindre le prix des
Cadillac et autres Lincoln. Citroën USA utilisait abondamment des " tiré à part " des magazines automobiles américains pour vanter les mérites de sa DS. C'était au moins la preuve que les gens du marketing ne craignaient pas les jugements des journalistes spécialisés, à condition de reproduire intégralement ces articles. Les vrais catalogues publicitaires (à la manière des Delpire européens) étaient plutôt rares, et l'amateur doit de nos jours se contenter le plus souvent de quelques feuillets et dépliants d'aspect pas toujours très flatteur. Quelques extraits de ces " tiré à part " (traduction) : Motor Trend, 1956 Motor Trend, 1957 The Motor, 1958
La DS de seconde génération fut aussi diffusée aux Etats Unis, avec une gamme étendue (break, berline D Special, DS 21 et DS 21 Pallas). Les normes de sécurité américaines interdisaient les grandes surfaces de plexiglas recouvrant les feux avant.
Dans un Tiré à part de Motor Trend de 1970, le journaliste expliquait que " de part la multitude des contraintes techniques et commerciales, il était impossible de concevoir une voiture très innovante à Détroit ". Il précisait que " en dehors de Détroit, un constructeur avait réussi ce pari, et s'était même offert le luxe d'un réel succès en terme de ventes. Il ne s'agissait pas de la NSU Ro qui en 1970 n'avait pas encore fait ses preuves, mais bien de la Citroën DS, la voiture la plus étrange au monde. Si d'autres constructeurs rejoignirent Citroën sur le plan technique, la DS avait le mérite d'avoir été la première à proposer tant d'innovations. D'ailleurs, Rolls Royce utilise des suspensions Citroën pour sa Silver Shadow ". 1972 fut la dernière année d'importation officielle des DS aux Etats Unis. Quelques DS 23 furent importées ultérieurement, mais à titre individuel. 6. GS La GS fut aperçue sur les routes américaines. En effet, Citroën envisagea un temps de compléter sa gamme US avec cette voiture. Quelques exemplaires furent importés, et diffusés aux principaux distributeurs qui les exposèrent dans leurs halls d'exposition. De nombreuses commandes furent enregistrées avant que Citroën ne renonce définitivement à son idée d'introduire la GS. Une fois de plus, les nouvelles normes en matière d'homologation du début des années 70 avaient découragé toute velléité d'importation. Les commandes furent donc annulées, et les quelques modèles importés vendus au personnel des distributeurs locaux. 7. Citroën SM La SM fut commercialisée aux Etats Unis en 1972 et 1973. Après l'abandon des ID, DS, Ami 6 et Mehari, il s'agissait de la dernière représentante de la marque aux chevrons sur le sol US. Pour répondre aux réglementations outre Atlantique, les modèles destinés au marché américain se distinguaient par une face avant munie de quatre phares ronds, fixes et sans plexiglas de protection. L'ensemble n'était pas franchement intégré aux lignes déjà controversées de la SM. Les motorisations proposées était le V6 de 2670 cm3 et 180 ch SAE en boîte manuelle à 5 rapports, et un V6 de 2965 cc et 190 ch SAE pour les mo-dèles équipés de la transmission automatique. Le magazine Motor Trend décerna à la SM le titre de " car of the year " dans la catégorie " Luxury ". Elle y devançait la Mercedes 4.5 280 SEL, la Jaguar XJ6 et un cortège d'américaines (Lincoln Mk IV, Eldorado, Riviera ...). Cela prouvait au moins l'intérêt que les journalistes américains portaient à notre GT nationale ! 2037 modèles SM trouvèrent preneur aux Etats Unis durant les deux années de commercialisation, sur un total de 12920 voitures produites. Mais les normes de plus en plus strictes en matière de pollution et de sécurité, ainsi que la difficulté de proposer un service après vente à la hauteur de la sophistication de la voiture dans un pays aussi immense, incitèrent Citroën à jeter l'éponge en 1974. La SM fut la dernière Citroën diffusée officiellement vers les Etats Unis jusqu'à nos jours.
Les commentaires de la presse : Petersen's '71 Import Car
Buyer's Guide Magazine Road Test, Avril
1972 Les illustrations ci-dessous sont issues d'un catalogue spécifique à la SM édité pour le marché américain.
La photo ci-dessous fut utilisée en page de couverture d'un dépliant de six pages, spécifique au marché américain, daté d'avril 1972
8. Citroën CX Deux sociétés au moins, Trend Imports et Yareb Hydraulics, importèrent en dehors de tout accord officiel avec Citroën quelques CX Diesel entre 1978 et 1982. Afin de répondre aux normes US, elle furent modifiées : barres de renfort dans les portes, pare-chocs plus importants, feux et clignotants aux normes US, etc ... Mais la démarche qui marqua le plus les esprits fut celle de CX Automotive (ou CX Auto) ...
Cet indépendant proposait au public américain l'un des fleurons de la production française. CX Auto possédait une usine aux Pays Bas. Les voitures y étaient inspectées suivant des procédures précises, et adaptées aux normes US. Environ 400 voitures furent commercialisées aux Etats-Unis entre 1985 et 1990. Chaque véhicule bénéficiait d'une garantie de cinq ans, ce qui était significatif de la confiance de CX Auto envers les productions Citroën. Elles étaient vendues sans aucun soutien de la part de Citroën, et ne pouvaient pas prétendre au nom de Citroën, ni à l'utilisation du double chevron. CX Auto ne céda pas aux pressions du constructeur français. Ainsi sur l'un des dépliants publicitaires, on pouvait lire The CX comes from the production lines of Citroën (La CX provient des lignes de production de Citroën). Néanmoins, ni le nom ni le logo Citroën n'étaient visibles sur la carrosserie de la voiture présentée.
Les faibles quantités importées, le coût de mise aux normes US, l'absence totale de soutient d'un grand constructeur, conduisaient à un prix de vente relativement élevé. Outre le break, les voitures étaient vendues dans des versions haut de gamme : GTi, Turbo, Prestige ... Après l'arrêt de la production de la CX, la société CX Auto tenta de renouveler l'opération avec la XM. Elle adapta donc la nouvelle venue aux sévères normes US, et proposa des modèles super équipés (V6, ABS, finition haut de gamme ...). Son prix élevé, toujours en raison des taxes et du coût important de mise aux normes, ne favorisa pas les ventes, et on estime à une vingtaine le nombre de XM diffusées sur le sol américain. |