Chrysler 160, 160 GT, 180, 1610, 2 litres

Chrysler par Aquadesign
Chrysler
sur le site Caradisiac
Chrysler 160/180/1610/2 Litres, le site de référence

1. Chrysler arrive dans l'Hexagone

En août 1958, un accord signé entre Chrysler et Simca se traduisait par une prise de participation de l'américain dans 15 % du capital du constructeur français. En février 1963, la part de Chrysler dans l'entreprise fondée par Henri Théodore Pigozzi était portée à  64 %. Georges Héreil, nommé PDG de Simca après le retrait de Pigozzi en mai 1963, demeurait aux commandes de l'entreprise. Dès lors, l'influence de Chrysler allait grandissante au sein de Simca, et quand un nouveau projet était lancé, c'est assez naturellement que le constructeur américain imposait sa vision des choses.

2. Simca devient Chrysler France

Chrysler devenait l'unique propriétaire de Simca le 1er juillet 1970. La société Simca changeait de raison sociale, et s'appelait désormais Chrysler France. Cette prise de position confirmait bien la volonté de la firme fondée par Walter Percy Chrysler en 1925 de s'implanter durablement en France et en Europe, avec deux autres têtes de pont, Chrysler UK et Chrysler Espana. 


Evolution du logo Fiat Simca, Simca, Chrysler Simca puis Talbot

3. Une absence de haut de gamme à combler

La gamme Simca était composée de quatre modèles de base en 1970 : la 1000, la 1200 Coupé, la 1100, et les 1301/1501. Seul la 1100 pouvait encore faire valoir son modernisme. Le coupé 1200 était en toute fin de carrière, la 1000 à moteur arrière et les 1301/1501 commençaient à dater.


Simca 1000


Simca 1200 Coupé


Simca 1100


Simca 1501

Si les hommes de chez Chrysler reconnaissaient un certain talent aux français pour la conception de voitures populaires, ils considérèrent comme indispensable l'aide des britanniques lorsqu'il fut question de créer le nouveau haut de gamme européen du groupe. Ce nouveau modèle allait avoir pour mission en France de combler le vide créé après la disparition en 1961 de la Simca Vedette. Et il n'y avait en effet aucune raison de laisser les Renault 16, Citroën DS et Peugeot 504 occuper seules le terrain. 

4. Un design international

Le dessin des nouvelles 160 et 180 fut réalisé par l'équipe des stylistes de Chrysler UK, dirigée par Roy Axe, responsable du design Chrysler pour L'Europe. Ceux ci travaillaient à la même époque à la conception d'un nouveau modèle de classe moyenne, l'Hillman Avenger.


Publicité de 1970

Comme leurs cousines d'outre Atlantique, les 160/180 françaises et l'Avenger britannique intégraient dans leurs lignes un nouveau courant esthétique initié par Chrysler en 1969, le " fuselage styling ".

5. Une Chrysler, pas une Simca

Mais quel nom fallait t'il donner aux nouvelles 160/180 en France. Etaient ce des Simca ou des Chrysler ? La présentation de la voiture allait coïncider à  quelques semaines près avec la reprise totale du capital de Simca par Chrysler. Par ailleurs, le style de l'auto  n'avait aucun lien avec les habitudes de Simca. Enfin, aux yeux des américains, le nom de Chrysler semblait plus valorisant que celui de Simca pour un haut de gamme. Pour le yankee, Simca demeurait assimilée à une marque de voitures populaires.

6. Une voiture trop éloignée des goûts français

Les concessionnaires de la marque furent déçus par l'esthétique sans aucune personnalité à leurs yeux de ce nouveau haut gamme. La surface vitrée était des plus limitée, la ceinture de caisse était haute. La voiture leur semblait avoir un aspect pataud, à cent lieux des lignes largement vitrées et élancées des 1501 qu'ils avaient l'habitude de vendre. Le public aussi acceptait mal ce dessin très américanisé, et les sarcasmes allaient bon train à l'encontre des acquéreurs de Chrysler made in Poissy. Il était mieux vu de s'afficher dans une automobile conçue et produite en France par l'un de nos trois grands constructeurs  historiques. Techniquement, les concurrents savaient aussi mettre en avant les nombreuses qualités de leur produits : finition, commodité, confort et tenue de route. Sur ce dernier point justement, la Chrysler n'était pas au meilleur niveau.


Chrysler 180

7. Les évolutions

La gamme dévoilée en septembre 1970 comportait trois modèles, la 160 à moteur 1639 cm3 de 80 ch Din, les 160 GT et 180 à moteur 1812 cm3 de 97 ch Din. La 160 GT reprenait la finition plus simple de la 160. La 180 se distinguait par un intérieur plus luxueux et une carrosserie mieux décorée (enjoliveurs de roues, calandre, butoirs de pare-chocs ...). Les deux mécaniques furent élaborées par les bureaux d'études de Poissy. Pour le modèle 1973, grâce à quelques améliorations mécaniques, la 160 progressait en souplesse et en économie, sans que la puissance n'évolue. Elle avait désormais le même aspect extérieur que la 180. Cette dernière gagnait pour sa part 3 ch Din. La 160 GT était retirée du catalogue.


Chrysler 160, 1973


Chrysler 180, 1973

En janvier 1973, les Chrysler s'américanisaient un peu plus. Une nouvelle version 2 Litres Automatique (1981 cm3, 110 ch Din) voyait le jour, uniquement disponible avec une boîte du même nom d'origine US. Esthétiquement, outre l'adoption de nouvelles jantes et de deux projecteurs longue portée, la 2 Litres Automatique se singularisait par son toit vinyle. Parallèlement, ce type de toit vinyle devenait une option sur les 160 et 180.


Chrysler 2 Litres

La 160 version 1976 gagnait 10 ch Din grâce au montage d'un carburateur double corps. En fin d'année, ce modèle de base était supprimé de la gamme. Pour l'année 1977, la 180 adoptait la dénomination 1610 (10 CV fiscaux, 1812 cm3, 100 ch). Elle bénéficiait du même niveau d'équipement que la 2 Litres Automatique, qui ne changeait pas d'appellation. Un monogramme Simca faisait son retour sur le couvercle de malle.


Couverture du catalogue français pour la gamme Chrysler Simca 1977


La Chrysler (ici un modèle destiné au marché UK) se voulait un modèle positionné haut de gamme


Couverture du catalogue pour le marché britannique, daté d'août 1977

Sur les modèles 1979, le moteur 1812 cm3 de la 1610 était remplacé par le 1981 cm3 de la 2 Litres Automatique. La seule particularité de la 1610 par rapport à sa grande soeur était donc de conserver une boîte manuelle. Les dernières 1610 et 2 Litres furent produites en 1979 à seulement 1027 exemplaires. En 1980, exit Chrysler, bienvenue à Talbot Simca (en France) ou Talbot tout court (en Espagne). Bientôt, la Tagora, autre bide mémorable, allait constituer le nouveau haut de gamme.


Catalogue publicitaire pour le marché français, 1980

8. La production délocalisée en Espagne

La production était délocalisée de Poissy vers l'Espagne au début de l'année 1975, dans l'usine Barreiros de Villaverde appartenant à Chrysler depuis 1969. Outre la Chrysler 180/2 Litres, ce site produisait des voitures Simca pour le marché national, ainsi que la berline Dodge 3700 GT d'inspiration américaine .


Catalogue publicitaire pour le marché espagnol, 1980 - Seul le nom de Talbot est visible

La Chrysler a bénéficié de scores de ventes tout à fait honorables en Espagne, en particulier avec la version diesel - une exclusivité réservée à ce pays dotée d'un moteur conçu chez Barreiros - fort appréciée par les chauffeurs de taxi. Si la production de la version essence était suspendue fin 1979, quelques voitures diesel furent encore assemblées jusqu'en 1982.

9. Une version australienne

Chrysler Australie commercialisait à partir de 1975 une version " locale " dénommée Ventura, qui reprenait la carrosserie et une partie de la mécanique de la Chrysler 2 Litres. Par rapport à la version européenne, la Ventura était partiellement redessinée, afin de recevoir des motorisations plus conséquentes. Le capot moteur était allongé, les feux arrières redessinés, et la calandre alignait quatre phares. Trois motorisations figuraient au catalogue, le 2 litres européen (120 ch SAE), un six cylindres de 3,5 litres (140 ch SAE) ou de 4,5 litres (165 ch SAE). Il y avait deux niveaux de finitions : XL et GL plus luxueuse.

10. Chronique d'un échec annoncé

Dans l'hexagone, Chrysler semblait partir vaincu d'avance avec cette automobile peu adaptée aux goûts du pays. En définitive, peu d'action furent menés pour promouvoir la Chrysler française. Les ventes ne décollèrent jamais vraiment. De 62 259 Chrysler vendues en 1971, la production chutait à 41 339 voitures en 1972 puis 39 069 en 1973. La Chrysler était un échec commercial majeur dès le départ. Heureusement pour l'image de Simca, peu de personnes pouvaient imaginer que cette voiture sans charme était jusqu'en 1975 fabriquée à Poissy. A la fin des années 70, Chrysler USA en mauvaise posture cédait ses différentes participations et filiales à travers le monde. En août 1978, Chrysler France, ex Simca, était racheté par le groupe PSA.


Talbot Tagora, produite sous l'ère PSA

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