Lamborghini Flying Star II

1. Préambule

La carrosserie Touring débutait son activité en 1926, sous l'impulsion de Felice Bianchi Anderloni. Nous nous attarderons pas sur sa riche histoire qui est fort bien développée sur le site de Motorlegend, mais plutôt sur les dernières années d'activité de l'entreprise, et sur le contexte particulier dans lequel vit le jour le break de chasse Lamborghini Flying Star II. 

Source de l'information " La carrosserie Touring ", par Carlo Felice Anderloni
et Angelo Tito Anselmi, Edition di Autocritica.

2. Le contexte

A la fin des années 50, Touring, pour faire face aux nombreuses commandes qui s'accumulaient, dut faire le choix entre soit rester un artisan de talent, mais ainsi renoncer à la quantité, soit passer à un stade plus industriel, comme l'avaient fait avant lui Pininfarina ou Bertone. Cela supposait alors de mettre en oeuvre un véritable plan d'investissement. Pour les clients de l'époque, Sunbeam, Alfa Romeo, Lancia, Lamborghini ou Maserati, une standardisation des carrosseries produites s'imposait. L'époque glorieuse des années 30 et de la production à l'unité ou en toute petite série était révolue. Désormais, les clients de Touring commandaient un nombre important de carrosseries pour un même modèle.

Les dirigeants firent le choix du développement. Une nouvelle usine fut mise en chantier dans la banlieue de Milan. Dans ces locaux, l'organisation du travail s'inspirait des constructeurs automobiles : chaînes de peinture, d'assemblage, de finition ... Les dépenses allaient déjà bon train, avant même que l'usine ne puisse produire son premier véhicule. Le transfert des anciens ateliers vers la nouvelle unité s'avéra complexe à mettre en oeuvre. Celle ci était enfin opérationnelle en 1962.

Mais le main d'oeuvre habituée au travail artisanal ne retrouvait plus ses bases dans les nouveaux ateliers. Paradoxalement, il était devenu plus simple pour Touring de recruter des salariés inexpérimentés que de former les anciens à de nouvelles méthodes de fabrication. Cette année 1962 fut aussi celle d'importants mouvements de grève en Italie dans le milieu de la métallurgie. Touring n'y échappa pas, et ce au moment où son carnet de  commande ne cessait de gonfler. Une fois le conflit terminé, une partie du retard fut comblé, mais quelques commandes furent annulées.

Paradoxalement, alors que Touring était enfin prêt, une période de récession s'annonçait. Les voitures que produisait Touring arrivaient pour la plupart en fin de carrière chez leurs constructeurs respectifs. Le groupe Rootes, propriétaire de la marque Sunbeam, était en passe d'être racheté par l'américain Chrysler. Certains projets en cours furent suspendus. Le marché des grosses cylindrées en Italie - terrain de prédilection pour les clients de Touring - était frappé de plein fouet par une nouvelle fiscalité qui leur était défavorable.

Pourtant, Touring persévérait, et soumettait régulièrement de nouveaux prototypes aux constructeurs, hélas bien souvent en pure perte. Ce fut le cas par exemple d'un projet pour une Aston Martin (la DBSC) demeuré sans suite. Les nouvelles machines de l'usine Milanaise étaient loin de tourner au maximum de leur capacité. Touring, au bord du gouffre, se mettait sous la protection de l'état italien en mars 1963.


Aston Martin DBSC, 1966

La production des Lancia Flaminia GT, Alfa Romeo Giulia GTC et 2600 Spider, Autobianchi Primula Coupé et Lamborghini 400 GT était maintenue. Le bureau d'étude parvenait, avec peu de moyens, à faire quelques miracles. Malgré une année 1964 qui vit une réelle reprise de la production, la dette de l'entreprise demeurait très importante. La recherche d'un acquéreur potentiel qui aurait pu poursuivre l'activité s'avéra infructueuse. La production cessait définitivement le 31 janvier 1967, une fois les commandes en cours honorées. Après sa fermeture, l'usine fut reconvertie à d'autres activités industrielles qui n'avaient rien à voir avec l'automobile.

3.  La Flying Star II

La présentation de la Flying Star II au salon de Turin en novembre 1966 dans le contexte décrit précédemment montre bien à quel point ce prototype n'était pas un prototype comme les autres.


La Flying Star au salon de Turin en 1966. Appréciez les lignes biseautées des flancs.

Touring collaborait depuis 1964 avec Lamborghini, et produisait, après y avoir apporté sa touche personnelle, les carrosseries des 350 GT puis 400 GT. Il fut mis en concurrence sur le projet de la Miura avec Bertone, et c'est ce dernier qui remporta l'appel d'offre, tant en ce qui concerne l'étude de la voiture que son industrialisation. Véritable champ du cygne pour Touring, la Flying Star II fut construite sur un châssis de Lamborghini 400 GT. Son nom était un clin d'oeil à une création Touring de 1931, qui habillait soit un spider Alfa Romeo 1750 GS soit une Isotta Fraschini 8A.


Lamborghini 400 GT de série

On peut douter que la Flying Star II ait réellement pu sauver Touring de la faillite. Quoi qu'il en soit, elle ne retint pas l'attention des dirigeants de Lamborghini. La voiture fut vendue à Jacques Quoirez, le frère de Françoise Sagan, qui après l'avoir repeinte en orange Miura, s'en servit pour son usage quotidien.

Cet exemplaire unique a depuis lors connu de nombreux propriétaires. L'usine en assura un première restauration complète en 1979. Elle fit une réapparition publique au salon Rétromobile en 1987. Il arbore de nos jours une teinte gris métallisé.


Les feux ronds sont les seuls éléments à rappeler la 400 GT - Source : http://www.forum-auto.com


La Flying star chez Autodrome à Cannes - Source : http://www.autodrome.fr


Une reine des concours d'élégance, source : http://dark-cars.over-blog.com

4. Point de vue de l'Auto Journal en 1967

" Avant la guerre, les carrosseries spéciales étaient l'apanage de quelques voitures de haut luxe, mais celle-ci ne purent survivre en grand nombre avec la vulgarisation de l'automobile. Des firmes telles que Duesenberg, Hispano, Delage, Delahaye s'éteignirent tour à tour, entraînant dans leur naufrage les maîtres artisans qui habillaient leurs prestigieuses mécaniques. Pour échapper à ce sort, les carrossiers furent donc contraints à l'industrialisation. Touring fut l'un des derniers, en Italie, à se soumettre à cette loi, et ce refus l'a tout naturellement conduit à sa perte. Bien qu'il soit récemment passé sous le contrôle de l'état, Touring a dû déposer son bilan en mai dernier. Ses dernières réalisations furent l'Aston Martin DBS, qui aurait dut être fabriquée en série régulière, et la Lamborghini 400 GT Flying Star, prototype doté d'un arrière original, mi-coupé, mi-break ".

5. Touring, le retour


Maserati A8CGS Berlinetta

Le groupe Zeta Europe BV rachetait en 2006 les droits de la marque Touring. Lors du concours d'élégance de la Villa d'Este qui eu lieu du 25 au 27 avril 2008, sur les rives du lac de Côme, ce nom prestigieux renaissait de ses cendres. En effet, à cette occasion, deux Maserati imaginées par le carrossier italien étaient dévoilées : l'A8CGS Berlinetta et la Bellagio Fastback.

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